LE TEMPS DES VISAGES

«Le visage est, dans toute photographie, un objet fascinant et énigmatique par lequel le spectateur se retrouve renvoyé brutalement à lui-même.» Serge Tisseron, le mystère de la chambre claire, photographie et inconscient. Le portrait est un questionnement où se fait l’exploration du moi et de l’identité par la représentation d’une ressemblance. Si le regard du modèle se dérobe au regard du spectateur, les questionnements se renforcent. «...nous sommes entraînés depuis l’enfance à cacher notre intimité psychique aux yeux d’autrui, un regard sans yeux nous renvoie en effet inévitablement à la période de la vie où le regard des adultes était crédité de pouvoir deviner nos intentions les plus cachées. Impossible d’échapper à un regard si nous ne pouvons pas nous affronter à ses yeux.» Serge Tisseron
J’ai cherché à travailler le portrait comme lieu d'introjection. En projetant celui qui regarde dans un univers commun; grâce au procédé d'un regard caché ou partiellement dissimulé, nous sommes d’autant plus renvoyé à nous-mêmes: La nostalgie des souvenirs de l'enfance, où l’innocence permettait le rêve, le fantastique où toutes projections du désir étaient permises, nous renvoient à des sensations oubliées. J’ai souhaité raviver une petite partie de nous-mêmes à travers les moments du jeu, du fantastique et du conte qui ont marqué notre évolution. En m'appuyant sur le travail de Deborah Mesa-Pelly, qui réinterprète de manière dérangeante les contes de fée et les histoires populaires, en mettant en image les peurs, les fantasmes collectifs et en accentuant l’étrangeté des situations. J'ai souhaité jouer sur cette ambiguité entre inquiétude et sécurité, car la période de l’innocence qu'est l'enfance finit par nous renvoyer à notre propre réalité, beaucoup plus inquiétante...
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